• MERE (10ème)

     

    Revenons-en aux vêtements. Je me souviens d'une année d'école où je n'eus, en tout et pour tout, qu'une jupe et un pull à me mettre. Toute l'année je les traînai. Ce n'est pas ça qui risquait de m'enlever l'envie d'aller à l'école. Rien n'aurait pu m'enlever cette envie. Je fus gênée un jour car ma maîtresse avait donné un pull à une élève pour qu’elle en change (car elle n’en avait qu’un elle aussi). Cette maîtresse la gronda parce qu’elle ne lui voyait jamais le pull donné. L’avait-elle vendu ? Moi à côté, qui n’avait qu’un seul pull aussi, elle ne me donna rien. Elle savait que j’étais riche et n’avait donc pas à me donner quoi que ce soit. Elle se posait peut-être la question de savoir pourquoi ma mère ne m’habillait pas mieux ; en même temps, je ne suis pas sûre qu’elle se soit un jour posé cette question.

    Je ne me sentais pas très à l'aise pourtant. Je ne me sentais pas nette. Il fallait remettre la même culotte tous les jours de la semaine et cela ne me plaisait pas du tout. Je me sentais sale et il n’était pas question que je m’en plaigne ou que je veuille changer cet état de fait.

    Ma grand-mère me fit remarquer, avec un reproche dans la voix envers ma mère : « Tu n’as rien à te mettre ». Ce n'était pas ma faute si c'était ainsi mais je baissais le nez en entendant cette réflexion..

    Pourquoi ne me fit-elle pas une autre jupe, elle qui cousait si bien, cela aurait été facile ? Pourquoi ne me tricota-t-elle pas un autre pull ou deux ? J'ai hérité d'elle cette qualité, je couds beaucoup pour moi, surtout, et aussi bien les manteaux que les tailleurs jupes ou pantalons et les sous-vêtements. Et des vêtements, j’en ai toujours un certain nombre. Je me rattrape ainsi d’une époque fâcheuse. Ma grand-mère, disais-je, avait cousu pour mon aînée de très beaux chemisiers dans des chemises d'homme !

    Je ne saurai jamais pourquoi elle ne le fit pour moi. Ce que je sais c'est qu'elle n'a jamais rien cousu pour ma personne. Par contre elle m’offrit (ainsi qu’à sœur cadette) pour mes quatorze ans, un baigneur qu’elle avait habillé de vêtements tricotés par elle-même. Je fus surprise car je trouvais que j’étais un peu grande pour un tel cadeau. Pour ma sœur c’était plus approprié, elle n’avait que dix ans. Cela me fit plaisir malgré tout, et c’était beau de voir le visage ravi de cette grand-mère et voir sur son visage apparaître le plaisir qu’elle avait eu à le faire.

    Je l'aimais beaucoup cette grand-mère-là. Elle aussi, je crois, m'aimait bien. Alors ? Mystère. Peut-être, tout simplement, ne voulait-elle pas acheter le tissu qu'il aurait fallu pour faire cette jupe ou ces jupes car elle n'avait pas assez d'argent pour cela. Ou elle pensait que c'était le travail de ma mère. Si c'était cela, elle n'avait pas tort. Quoi qu’il en soit, la vie est pleine de mystère qu’il est inutile de vouloir percer. On n’y parvient jamais ou si l’on y parvient c’est vraiment un hasard.

    Pendant ce temps, les copines d'école me disaient : « Toi tu es riche ». Je ne comprenais pas comment c'était possible qu'elles pensent cela alors qu'en même temps j'avais l'air d'être la plus pauvre de la classe ou, en tout cas, la plus miséreuse.

    Mais elles ne voyaient pas mon indigence apparemment. Personne ne la voyait. Elles étaient aveuglées par la richesse qui se savait, qui se disait et qui se voyait : L’USINE. D'un autre côté, elles étaient tellement mieux habillées que moi, plus entretenues, avaient la possibilité d'entrer en sixième et moi pas, faisaient des activités en dehors de l'école, moi pas. Mais moi j'avais un père fabricant de meubles dans une grande usine avec une quarantaine d'ouvriers et elles pas. De cela je ne me rendais pas compte car notre vie était celle de gens très pauvres. Je ne faisais pas la différence entre elles et moi car nous ne vivions pas ensemble.

     

    BONSOIR

    L Y D I A

    (je vous laisse le temps de lire ces deux derniers épisodes (9 et 10) avant d'en ajouter un onzième.


  • Commentaires

    1
    Jeudi 10 Avril 2014 à 02:37
    vivrenchine

    Bonjour Lydia

    j'ai lu, pas vraiment gaie ta vie
    Je te souhaite un très bon jeudi
    Nos amitiés  bises
    Qing&René

    2
    lianne
    Jeudi 10 Avril 2014 à 08:59

    Je viens de lire les 9 et 10 et je me demande quelles idées avait ta mère elle avait les moyens mais apparemment pas pour des choses qui étaient élémentaires .D'après ton récit je vois que tu n'as pas eu une enfance heureuse alors qu'il aurait suffit d'un peu de tendresse et de regards sur toi ,chez nous nous n'étions pas riches une tenue pour la semaine et une pour le dimanche .Ma mère lavait le dimanche la tenue de la semaine  ,c'est vrai quelle n'était pas très tendre et surtout assez sévère ,mais lorsque je compare à toi cela n'a rien à voir .Bonne journée Bisous    Eliane

    3
    Vendredi 11 Avril 2014 à 07:58
    Ailonuages

    Ce n'est pas gentil de ma part de dire cela, mais j'ai l'impression que ta maman ne devait pas être très bien dans sa tête.  La phrase l'argent ne fait pas le bonheur a tout son sens. Heureusement que le temps a passé, on peut enfin te dire, passe une belle journée. Bisous

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