• Mère (douzième)

     

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    J'eus le courage de défendre ma chienne Finette car j'aurais fait n'importe quoi pour sauver mes animaux domestiques. Plus de courage que pour me sauver moi-même. Je leur vouais un grand amour. Pas autant qu'à mes chats, ce n'était pas pareil. Mais, les lapins, les poules, les canards, tous avaient droit à mes regards pleins d'affection. Quand je pouvais, je les caressais, leur parlais. Les animaux ne sont pas décevants. Jamais. L'amour familial, par contre, me déçut beaucoup et me déçoit encore. Existait-il seulement un amour familial dans cette maison ?

    Quand j’eus onze ans, l’âge où la moitié des copines décidaient d’aller en « sixième », je me rendis compte que ma famille n'avait pas fait ce projet pour moi, pas plus que pour les autres de la fratrie. Je dû rester à cette école jusqu’au « certificat d’études primaires. »

    Cela ne me plut pas du tout car j’adorais les études depuis toute petite. Quelle douleur pour moi de voir partir mes amies au collège et de ne pouvoir les suivre.

    Je dus végéter dans le « cours supérieur » pendant trois ans. Trop jeune pour passer ce foutu « certificat. » Je n’apprenais rien dans cette classe. Savoir qu’il fallait balayer la cuisine tous les jours, je m’en fichais. C’était pourtant ce que nous enseignait madame la Directrice. Le jour arriva où je passais l’examen pour ce fameux certificat (qui ne me servirait à rien dans ma vie) je l’eus haut la main. C'était facile pour moi, j'étais bonne élève. A mon retour à la maison pourtant, Trop contente d’annoncer la bonne nouvelle à ma mère, je fus très déçue de la voir si contrariée. Sa tête changea, elle tourna le dos et partit sans un mot gentil envers moi. Quelle déception ce fut ! Je savais qu'elle était jalouse de moi et de ma chance de pouvoir aller à l'école, ce qu'elle n'avait pas eu. Elle y était allée de façon irrégulière et n'avait appris que peu de choses. Par contre, ma sœur et mon frère aînés, je n'ai jamais su ce qu'il s'était passé dans pareille circonstance. Je n'ai pas su non plus avec ma cadette.

    L’année qui suivit, pour suivre mon destin, je devais aller à l’école PIGIER de Bordeaux pour y apprendre à taper à la machine, à écrire en sténo, et quelques éléments de comptabilité, sans plus. Madame mère avait refusé catégoriquement que j’apprenne plus que ça (pas de langue étrangère, aucun autre cours qui aurait pu me servir dans le métier de bureau. « Sténodactylo » serait la seule formation que j’aurais le droit d'acquérir. C’était peu pour travailler chez un bon employeur, mais c’était suffisant pour travailler au bureau chez mes parents.

    J’allais donc à cette école à 13 ans et demi et bien sûr, j’étais la plus jeune. Madame mère n’avait pas voulu m’acheter un cartable valable pour cette école. Elle m’avait donc acheté un sac à provisions qui me rendait, une fois de plus ridicule et triste. Je crois vraiment qu'elle le faisait exprès, comme pour d'autres coups qu'elle me fit, bien moins sympathiques.

    Par exemple, les soutiens-gorges. Elle n’avait pas voulu m’en acheter. J’avais une poitrine bien formée et qui bougeait sous mon pull à chaque pas et cela me faisait honte là aussi. Je me revois encore parcourir ma ville pour me rendre à cette école-là affublée de la sorte. Quelle horreur !

    Malgré tous ces désagréments, ma balade en ville, tous les jours, était agréable pour moi. Je croisais tous les matins un couple très beau : lui était noir et elle blonde mais quel beau couple. Je les admirais et cela me mettait en joie de les croiser. Les cours, pour moi, ne duraient que le matin et ensuite retour à la maison. J'aurais mieux aimé y être pour la journée complète et apprendre plein de choses. 

    J'apprenais à taper sur une machine UNDERWOOD. C'était un très vieux modèle où les doigts s'enfonçaient jusqu'au fond et l'on pouvait se blesser. Cela m'arriva plusieurs fois et j'eus très mal. Quelle différence avec les machines que j'aie connues plus tard, tout au long de ma vie. Et encore mieux maintenant avec les ordinateurs où taper une lettre est devenu super agréable et facile. On peut corriger sans avoir à refaire ou à utiliser un effaceur quelconque. On peut utiliser le correcteur d'orthographe, c'est devenu merveilleux. Cela ne l'était pas à cette époque.

    BONNE NUIT, et bonne semaine.

    L Y D I A

     

    Image du Blog monia2009.centerblog.net


  • Commentaires

    1
    Lundi 14 Avril 2014 à 00:00

    Vraiment dommage que tu n'aies pas eu droit de faire des études plus poussées, mais heureusement tu as su tirer parti de cet enseignement "technique" comme on disait à l'époque..cela permettait d'entrer dans la vie active avec de bonnes bases, dans la branche secrétariat..j'espère que tu as pu ensuite avoir un emploi dans une société autre que celle de la famille..jamais valorisant de travailler dans le cercle familial, sans avoir pu avoir un autre regard et une autre expérience extérieurs...Une enfance et adolescence bien tristes...passe une bonne semaine, bises et amitiés

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    Lundi 14 Avril 2014 à 03:16
    vivrenchine

    Bonjour Lydia

    je lis avec attention, pas vraiment un bon départ dans la vie

    Je te souhaite un très bon lundi Nos amitiés bises

    Qing&René

    http://belgiquechine.canalblog.com

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    lianne
    Lundi 14 Avril 2014 à 08:56

    Je lis ton récit avec beaucoup d'attention mais mon dieu que de frustrations tu as eu dans ton enfance et je pense que cela a des répercussions sur toute ta vie .Je me dis aussi que tu fais bien de raconter cela doit te soulager un peu .Bon début de semaine Bisous  Eliane

     

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    Lundi 14 Avril 2014 à 10:06

    Grâce à ces écrits, je vois les choses peut-être différemment selon les commentaires que je reçois. Mais il est vrai que ela a eu des répercussions sur toute ma vie. Je dirai que ma vie a été foutue, gâchée et le ton pris dans les vingt premières années m'ont fabriquée de telle façon que je ne puisse plus m'en sortir d'une bonne façon.

    Lydia

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    Lundi 14 Avril 2014 à 11:09
    Ailonuages

    Mais quelle méchante femme... Elle aurait eu affaire aux filles d'aujourd'hui je pense qu'elle en aurait pris plein la figure ! C'est un véritable gâchis d'empêcher un enfant de poursuivre ses études. Je ne comprends pas du tout, pour ma part j'ai mis ma carrière de côté et je fais 80 kms par jour,  parfois plus, par tous temps,  pour conduire notre fils, seule condition ne pas nous faire perdre notre temps, s'il le souhaite il s'y tient, sinon quel plaisir, sa réussite c'est aussi la nôtre. J'ai vraiment mal au coeur pour toi, j'espère que la suite de ton récit sera plus doux. Gros bisous !

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    pam
    Vendredi 18 Avril 2014 à 12:33

    Vs écrivez très bien. C'est une façon de "s'en sortir".  Mon métier est de lire & synthétiser & croyez moi, ce ne sont pas les meilleurs qui sont édités !  De meme en ce qui concerne les blogs: que de fautes, d'écrits confus, de vantardises, de pseudo-sexe, vraiment pénible...  Ce n'est pas votre cas, j'aime suivre votre récit & vs en remercie. 


    pam


     

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